En
1972, Serge Lama passe souvent au Don Camilo. La chanteuse Éva
enregistre Il faut que tu viennes,
une chanson signée Lama-Dona.
Le 8 mai 1972, c'est la naissance officielle du
« Club des Amis de Serge Lama ».
12 février 1973 : Serge Lama a trente ans
et... un jour. Ce lundi soir-là, l'Olympia est plein à craquer et bien
qu'on ait supprimé les invitations, on refuse des centaines de personnes.
En première partie de ce Musicorama qui fera date : les Calchakis,
Maxime Le Forestier et les chansonniers Patrick
Green et Olivier Lejeune (ils se rendront
célèbres, l'année suivante, avec le fameux Pot
pour rire, monsieur le Président ). Présent, côté coulisses,
Eddy Marouani raconte : « Ambiance
surchauffée et pépins en chaîne; pépins merveilleux, mais pépins quand
même : le public, enthousiaste, refuse de laisser partir ses vedettes.
Green et Lejeune dépasseront de dix minutes le temps qui leur est imparti.
(...) Maxime, qui prévoit six chansons, doit en aligner quinze, tour de
chant de star ! Les Calchakis entrent en scène à 23 heures, et triomphent
encore à 23 h 45. Je suis éperdu. Serge va-t-il commencer après minuit
? Les spectateurs resteront-ils
après le dernier métro ? Je suis contraint de laisser tomber le rideau
sur le succès de mes amis argentins ! Ils protestent, ce qui est normal;
c'est la bagarre ! Serge, réfugié dans un réduit, reste placide : seul
compte pour lui son combat imminent. Un clin d'¦il de réconfort dans ma
direction et il plonge dans l'arc de lumière. Chaque chanson nouvelle
porte, son ¦il ressemble à celui de Sugar Ray Robinson. Il nous coupe
le souffle. À 1 heure du matin, l'enthousiasme du public l'oblige à recommencer
l'intégralité de son tour de chant. Rares moments ! » (10)
À l'issue du récital, Bruno Coquatrix engage
Serge Lama à rechanter, la semaine suivante. Dix jours d'affilée, il rempile,
en vedette, cette fois, avec, en première partie, Georges
Zamfir et sa flûte de Pan. Cette fois, le succès est vraiment là.
Eddy Marouani tente une explication : « Serge
a tant clamé sous les projecteurs qu'il avait une sale gueule, il a tant
chanté ses amours désespérées que les femmes, touchées, vont lui prouver
le contraire... Il devient Don Juan ! il a tant crié sa misogynie que
toutes rêvent de le consoler. » (10)
Deux jours plus tard, l'album avec la fameuse « pochette rouge, » est
en bonne place chez les disquaires. Au mois d'août, il est disque d'or.
Bientôt, Dalida enregistrera sa propre version
de Je suis malade, qui va « pousser
» celle de Serge sur les ondes. Le tandem Lama-Dona écrira aussi une chanson
pour Dalida : "Seigneur Dieu, pourquoi m'as-tu
abandonnée. « Il y a toujours dans
une carrière le disque qui a tout déclenché, constate
Serge Lama, et pour moi, ça a été celui-là, mon "disque rouge", car
toutes les conditions étaient réunies : la voix, les chansons, l'arrangeur,
Jean-Claude Petit, les musiques d'Alice Dona qui complétaient celles d'Yves
Gilbert, tout était là. Mais quand il est arrivé, neuf ans après mes débuts,
j'avais déjà de quoi faire un patrimoine, un tour de chant de vingt chansons
solides, structurées, et c'est ce qui manque parfois aux jeunes d'aujourd'hui,
faute d'avoir eu le temps. » (13).
Sur ce même 30 cm, Les glycines, une
chanson inspirée d'un amour d'enfance. La « pauvre Martha » est une cousine
bordelaise de sept ans et s'appelle en réalité Giselle. « Nous
étions issus d'une famille désunie où tout n'était que cris et rancoeurs
accumulées, confie Serge à Daphné Lorenzi, de
Gala. Giselle et moi en souffrions énormément et avions fini par nous
replier complètement sur nous-mêmes. Les deux enfants timides que nous
étions s'étaient fixé un but : ne surtout jamais devenir comme eux. (...)
Giselle est la première image que j'aie eue de la féminité. Nous vivions
alors une véritable histoire d'amour sans en être conscients. Et puis,
on ne se voyait pas beaucoup. Ce qui exacerbait nos sentiments. Quand
j'ai écrit Les glycines, j'ai sublimé la situation en transposant notre
histoire dans un contexte paysan. L'amour entre cousins représentant
toujours un interdit pour la société. » (15)
Le 1er mars 1973 paraît le premier numéro
du bulletin des « Amis de Serge Lama ». Marie-Hélène
Taphorel en est la principale responsable. Au n° 5, le bulletin,
dont le siège est situé 11, rue Chateaubriand, Paris 8ème, prendra pour
titre une chanson de Lama : La Fronde.
Sur son nouvel album, paru en octobre 1973, Catherine
Sauvage chante Le coq au Vincent,
un titre signé Serge Lama-Yves Gilbert. |