"Un véritable chanteur populaire"
Le 5 février 1974, l'Olympia fête ses vingt ans. Serge Lama y débute une série de récitals, en même temps que sort son nouvel album, « Chez moi », et que Cécile Barthélemy lui consacre une monographie dans la collection Poésie et chansons de Seghers. Sur ce nouveau disque, sorti un an à peine après le précédent, beaucoup de succès : Chez moi, Star,La salle de bain ou Toute blanche, en souvenir de Liliane. La veine « paillarde » se poursuit avec La braconne ou Boire un petit coup. Yves Gilbert et Alice Dona (et accessoirement Jean-Claude Petit) se partagent les musiques. « Paradoxalement, expliquera Serge, Yves est à mes yeux la partie "féminine" de mes chansons, d'inspiration plus classique, très sensible, et Alice la partie "masculine" : c'est elle qui m'écrit mes "chansons de mec" (...) Ils se complètent donc parfaitement. » (13) Sur les pochettes de ses deux derniers albums, on remarque le nom de Jean Moulin.Homonyme du célèbre résistant, ce peintre né à Saint Étienne, a exposé à Paris dès 1966. En novembre 1970, plus de trois cents de ses oeuvres sont présentées aux Halles. Scandale : quarante d'entre elles sont saisies par la police pour « pornographie » et Jean Moulin est inculpé. La pochette du disque « rouge », de même que les portraits et tableaux des deux suivants, c'est lui. Serge et Jean Moulin se sont rencontrés au cours d'un vernissage.
« On se ressemble beaucoup, finalement, raconte le peintre. On a eu le même style d'enfance. La première chanson que j'ai entendue de lui, c'était . Les ballons rouges. Ayant passé mes jeunes années dans un orphelinat, c'était pour moi un geste de tendresse que j'attendais des gens. (...) Pour la première affiche de Serge, je n'ai pas fait une¦uvre d'art; je ne me suis pas posé le problème d'un peintre mais d'un psychologue qui voulait montrer le visage d'un homme avec le moins de couleurs possible et le plus d'impact possible. Je l'ai fait laid volontairement parce que ça cadrait avec ses textes. Dans ses textes, Serge essaie toujours de dire qu'il n'est rien, tout en disant que chez lui c'est chaud, c'est brûlant. Il dit qu'il est de guingois en disant qu'il a une île. Un jour, je me suis amusé à brouiller ses textes : c'est fantastique la lecture qu'on peut en faire. Si j'ai fait une première d'affiche laide, la seconde je l'ai voulue un peu plus belle parce qu'il avait reçu une volée de tendresse qui lui était nécessaire. J'ai fait un portrait noir sur une gerbe de couleurs comme s'il avait une moisson de blé dans les mains. Le blé n'est pas pourSerge Lama en 1974. moi un ruissellement dans le vent, c'est la vie, la naissance, le germe et puis aussi une fenêtre qui s'ouvre. Ses derniers textes l'ont prouvé. » (16)
Le 29 avril 1974 : Serge Lama reçoit, à l'Olympia, le premier Oscar de la chanson française pour sa chanson Les p'tites femmes de Pigalle, qui sera aussi enregistrée par... le 43ème Régiment d'Infanterie de Lille (45 tours Déesse DDLX 85).
Le 23 octobre 1974 : sortie du double album « Olympia », premier enregistrement public. On y trouve, en plus de ses principaux succès, deux nouvelles chansons : La French nana et Mon ami, mon maître, cette dernière spécialement créée sur scène en hommage à Marcel Gobineau.
1974, c'est véritablement l'année Lama. « Observez son public, écrit Lucien Rioux dans Télérama : il y a là des gens de tous âges, de toutes opinions politiques, la "minette" côtoie l'aïeule, l'homme d'ordre l'homme de progrès. Oubliée la querelle des générations : jeunes et vieux communient en Serge Lama. Oublié aussi le combat des deux France : derrière le beau Serge, l'union renaît. Parce qu'il est un véritable chanteur populaire ? » (17)
Nicole Croisille enregistre Il faut du talent, une chanson signée Serge Lama- André Popp, et Nana Mouskouri chante une nouvelle adaptation de Lama, d'après une chanson américaine de Mélanie Safka : Que je sois un ange. Pour Charlotte Julian (qui a fait sa première partie en tournée d'été), Serge Lama et Alice Dona écrivent Quand on découvre qu'on est moche.
Cette année-là, Serge Lama est le premier chanteur à inaugurer le Palais des Congrès. En vingt jours, du 15 janvier au 2 février, soixante-dix mille spectateurs viendront l'applaudir. Le triomphe de Lama lance le Palais des Congrès comme salle de music-hall d'une capacité de trois mille sept cent places. « Il faut tenter, c'est mon côté aventurier, et je suis content d'être le premier à faire le Palais des Congrès. Je ne vous cache pas que c'est très difficile car c'est immense et c'est vraiment un combat, c'est David contre Goliath, et ce sera plus difficile et épuisant que l'Olympia l'année dernière. Alors, pour toutes ces raisons, je fais le Palais des Congrès. » (14) 26 novembre 1975 : sortie de l'album « La vie lilas », toujours illustré par Jean Moulin à qui une des chansons est dédié (Le peintre est amoureux ). De nouveaux succès : La vie lilas, Je t'aime à la folie (musique d'Alice Dona), Les ports de l'Atlantique (Yves Gilbert), Où vont tous ces bateaux (Tony Stéfanidis). Cette même année, Serge Lama participe au collectif « Paris Populi », de Georges Coulonges et Francis Lemarque, avec un titre : Ils s'aiment.
En 1976, Alice Dona publie son premier album. Serge Lama lui écrit plusieurs chansons et lui donne la réplique dans L'antistar. Marie-Paule Belle enregistre Mon nez (Lama-Belle).