Constamment
sur les routes pendant une dizaine d'années (près de deux cent cinquante
galas par an), Serge éprouve le besoin de marquer une pause au début des
années 80. Il décide de s'atteler à une comédie musicale.Ce sera Napoléon.
La mise en scène est de Jacques Rosny, également
co-auteur du livret, les chansons sont écrites en deux mois, Yves
Gilbert signant les musiques. Napoléon
sera présenté pendant trois ans.
Le choix se porte sur le théâtre Marigny, sur une idée de Thierry
Le Luron, les autres théâtres n'étant pas disponibles. À Marigny,
Serge Lama chantera tous les soirs et deux fois le dimanche. Les critiques
sur Napoléon (2 h 35 de spectacle)
ne manqueront pas. « Ils m'ont causé un tort
considérable en écrivant que je me prenais pour Napoléon, reconnaît
Lama. Lui, je ne l'admire pas particulièrement,
j'avais surtout envie de monter une comédie musicale. Comme on me comparait
à Bonaparte, à cause de ma coiffure, j'ai demandé à un ami historien de
me conseiller le livre le plus simple et le plus clair sur le sujet. En
lisant, des idées de chansons me sont venues. Dans mon entourage professionnel,
personne n'y croyait et, pourtant, on a arrêté en plein succès. Le directeur
du théâtre se demande encore pourquoi. » (6)
L'enregistrement de Napoléon sera publié en deux temps. Le
28 septembre 1982 paraît le double album « De
Bonaparte à Napoléon vol. 1 et 2 », suivi, deux ans plus tard,
du volume
3, « Marie la Polonaise ».
Le 14 décembre 1984, les parents de Serge
sont victimes d'un accident de la route. Son père décède sur le coup,
sa mère vivra, dans le coma, un sursis de trois mois. « Il
l'apprend quelques instants avant d'entrer en scène et se jette sous les
projecteurs à corps perdu, raconte Eddy
Marouani. Écris-moi, Joséphine, que je t'aime tant, que je t'aime
trop est chanté comme un oratorio à ses parents,
comme s'il pouvait les retenir. » (10)
« Je l'aurais appris plus tôt, je m'effondrais
», avouera Lama. « Ma seule fierté,
ajoutera-t-il, c'est que mon père a eu réellement un enterrement de
saltimbanque. On n'a pas enterré le représentant en boissons qu'il a été
pendant trente ans, mais l'artiste qu'il fut jusqu'à trente-trois ans.
» (1)
En février 1986 paraît « Portraits
de femmes », le dernier album Philips de Serge Lama. Une des
douze chansons fait allusion à la disparition de son père ( Je
vous salue Marie ), une autre rend hommage à sa mère, à travers
le souvenir de son enfance dans les années 50 : Maman
Chauvier. Autre chanson « classique » de ce disque qui s'essaie
parfois, mais sans vraiment convaincre (La musique
et l'amour, Pas vraimambeau ), aux sons et aux mots « mode
» : La vie simple et tranquille.
Cette même année, sur un 45 tours Milan, Serge Lama enregistre Manon,
une chanson inspirée de Manon des sources,
le remake du film de Marcel Pagnol par Claude
Berri.
10 septembre 1987 : sortie de l'album « Je
t'aime » (Charles Talar). Dix
chansons mises en musique par Yves Gilbert,
Tony Stéfanidis (On
devient un émigrant ), Jean-Claude Petit
et Jean Schulteis, plus l'adaptation signée
André Maurois du poème de Rudyard
Kipling : Tu seras un homme, mon
fils, mis en musique par Mat Camison.
À partir du 13 octobre, Serge chante au Casino de Paris.C'est son retour
à la chanson après 6 ans et demi. Un an plus tard sort l'album « Live.
Casino de Paris » (Charles Talar), mélange de chansons classiques
et nouvelles. Rareté sur ce double 30 cm, Le
roi boiteux, une satire des courtisans de Gustave
Nadaud, chansonnier du siècle dernier, sur une nouvelle musique
d'Yves Gilbert.
1er février 1989 : sortie du double album
« À la vie à l'amour », compilation
de 21 chansons, réalisée pour ses 25 ans de métier (Philips).
De fin septembre à fin décembre 1990, Serge est la vedette de La
facture, une pièce de Françoise Dorin
mise en scène par Raymond Gérôme. Il a pour
partenaire Agnès Soral. Avec cette pièce,
il tourne en France, en Suisse et en Belgique. En janvier 1991, La
facture est à l'affiche du théâtre des Bouffes Parisiens. Grand
succès parisien jusqu'à l'été, la pièce est reprise jusqu'à la fin de
l'année dans toute la France.
27 avril 1992 : sortie de l'album «
Amald'âme » (Charles Talar). Sur ce nouveau CD, enregistré
au Studio Guillaume Tell, à Paris, Serge Lama a repris, sur de nouveaux
arrangements de Roger Loubet, neuf de ses
anciennes chansons et propose trois nouveaux titres :
Europe Babel, Jonathan des banlieues
et Le grand amour. Malgré une chanson
ambitieuse comme Europe Babel («
Mon fils la verra-t-il cette Europe qui chante / Quelle
langue d'ailleurs lui faudra-t-il chanter / Si
chacun y est roi, qui seront les servantes / À
qui la tête haute, à qui le dos voûté ? »), l'album passe un
peu inaperçu. Avec la reprise de Superman,
Lama s'autoparodie, citant Qui c'est celui-là
(de Vassiliu) et créant un nouveau couplet.
Les nouvelles versions de Et puis on s'aperçoit
ou À quinze ans sont puissantes.
En juillet et août 1992, Serge répète Tôa,
une pièce de Sacha Guitry, qu'il présentera
au début de l'année suivante au théâtre Edouard VII-Sacha Guitry, avec
Élisabeth Margoni comme partenaire.
Au mois de septembre 1993 débute la série policière En
garde à vue dans laquelle Serge Lama incarne le commissaire
Paparel.
Fin 1994 : décès, à l'âge de 83 ans, de Marcel
Gobineau, l' « ami » et le « maître
» de Serge Lama. « Il était véritablement un
second père pour moi, un gourou, raconte Serge à Virginie Merlin (19).
J'avais des rapports très tendus avec mes parents. Marcel m'a enseigné
une morale. Michèle et moi nous sommes occupés de lui jusqu'au bout. Pour
moi, Marcel était plus qu'un père. Avec sa disparition, je perds tout.
Il était le seul homme devant qui je me permettais de douter, comme quand
on va prier Dieu. Devant Dieu, on doute et on se met à genoux. On se permet
d'être un peu fragile. Eh bien ! Marcel était la seule personne avec qui
je me permettais cela.
25 novembre 1994 : sortie de l'album « Lama
» (WEA). Parmi les onze chansons de cet album mixé aux États-Unis, on
remarque Tel père, tel fils, dédiée
au fils de Serge, Frédéric, ou Neige,
chanson sur la drogue. Mais le grand titre de cet album, au son un peu
trop « américain », reste sans doute Je te partage,
un nouveau classique de Lama.
Du 7 au 29 janvier 1995, Serge chante au
Palais des Congrès. Récital de deux heures et quart sans entracte. Au
mois de décembre, il est le parrain du neuvième Téléthon.
Du 26 au 31 mars 1996, Serge Lama est à l'affiche
de l'Olympia.
18 octobre 1996 : sortie du double album
« Lama l'ami » (WEA), enregistrement
intégral de son tour de chant à l'Olympia, 27 chansons orchestrées par
Yvan Cassar, dont quatre inédites : La
fiancée, Quand on a réussi, Titanic
et Les hommes qui font rire les femmes.
Une vidéo est également publiée.
Sur France Inter, le samedi de midi à 13 heures, durant les deux mois
de l'été 1997, Serge Lama présente une émission sur la chanson française
intitulée En haut de l'affiche.
Trois ans après son dernier album, et au moment où paraît une véritable
intégrale de ses enregistrements (1964-1994) chez Mercury, Serge Lama
envisage peut-être de sortir un nouveau disque, lui qui n'a jamais arrêté
d'écrire. « Si on n'entretient pas sa plume,
le jour où l'idée, la grande inspiration vient, votre plume qui est votre
esclave n'est plus à votre service. (...) J'ai plein de textes en réserve
dans mes tiroirs, des centaines, expliquait-il à Isabelle Cauchois (5).
Il ne reste plus qu'à les mettre en musique. Je pourrai vivre dessus pendant
longtemps. Comme je ne suis pas un chanteur novateur et que mes chansons
ne sont pas marquées par la mode, je peux les sortir n'importe quand.
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