"Le prince charmant de la chanson"
Durant cinq ans, avec Bourvil et Guétary, Georges Chauvier chantera La route fleurie. « Je me suis enfermé dans cette opérette pour ma famille, c'est ce qui m'a perdu. C'était le côté fonctionnaire, salaire assuré. J'ai bien connu aussi Marcel Amont qui était "fan" de moi. Il venait à la maison. Je le conseillais, l'aidais, il me suivait partout. Ce que je n'ai pas fait pour Serge, parce qu'il a rencontré d'autres personnes pour débuter, je l'ai fait pour Marcel en lui donnant les premiers débouchés. Si on veut réussir dans ce métier, il est préférable d'être détaché, j'avais trop le souci de ma famille. » (2) En 1950« Mon père, racontera Serge Lama, était arrivé à son maximum en province. À Paris, Mariano, Guétary, Dassary et Marcel Merkès triomphaient. Comme d'autres, mon père s'est dit : pourquoi pas moi ? Il a décidé de monter à Paris. » (1) En 1950, donc, Georges et Georgette Chauvier « montent » à Paris. Ils s'installent au 19 de la rue Duvivier, dans un petit hôtel du 7ème arrondissement. Confié à sa grand-mère restée à Bordeaux, Serge, sept ans, passe une année chez les Frères, en demi-pension. L'année suivante, il rejoint ses parents dans la capitale. La famille Chauvier connaît des années difficiles, mais Georges finit par trouver un engagement au Théâtre des Capucines. « Pour ma mère, bien sûr, ce n'était pas très drôle, dira Serge. Elle a vécu pendant cinq ans dans cette chambre, tant que mon Avec "Maman Chauvier"père était artiste. On tirait le diable par la queue. Ma mère devait faire la lessive, la cuisine, s'occuper de moi, de ma grand-mère, tout ça dans une seule pièce. » (1) En 1951, sur le label Mercury, dirigé par Eddie Barclay, Georges Chauvier enregistre trois 78 tours qui se vendront à 500 exemplaires. « Une performance en ce temps-là, paraît-il. » Au milieu des années 50, accompagné par l'orchestre du Théâtre des Capucines, il interprète le rôle du Messager dans Les chansons de Bilitis, une opérette de Jean Valmy, Marc-Cab et Mitty Goldin, d'après les poèmes de Pierre Louys, musique de Joseph Kosma (30 cm Pathé DTX 156). Parmi les autres artistes de cette opérette : Mathé Altéry, Nadine Tallier (la future Nadine de Rothschild), Christian Borel et Pierre Hiégel. C'est à cette époque que va naître la vocation du jeune Serge. En 1969, il raconte : « En face des Capucines, où jouait mon père, je voyais l'Olympia et je me disais que mon père serait plus à sa place sur cette affiche que dans la liste obscure d'une distribution d'opérette. Un soir, le nom d'Eddie Constantine m'apparut plus immense encore dans ces lettres de néon. Et c'est ce soir-là que je dis à mon père, qui sortait des Capucines : "Moi, je serai en face." J'avais douze ans. »