"Un jour, papa a vendu de la margarine..."
En 1955, cédant à l'insistance de sa femme, Georges Chauvier abandonne le métier de chanteur pour devenir représentant d'une marque de bière. La famille s'installe alors dans un appartement de la banlieue parisienne, à Issy-les-Moulineaux. « Mon père, pour améliorer l'ordinaire, écrivait des chansons, raconte Serge à Télé 7 Jours (1). Il a été chanté par Aimable, Bourvil, Mariano. Il exerçait sur moi une véritable fascination et c'est pour cela que je l'ai imité. Ma première chanson, je crois que je l'ai écrite à onze ans, et je n'ai plus arrêté. Mon père a été heureux, lui aussi, jusqu'à ce soir de l'hiver 1956, qui fut si froid (...), où il a décidé de changer de métier. Las des sempiternelles discussions avec ma mère, il a accepté l'offre de son ancien directeur des Capucines, Paul Bordes, qui s'était reconverti dans la limonade, et il est devenu représentant. » « Je me Le prince charmant de la chansonsouviendrai toujours, rappelle encore Serge, du dernier soir : il était la doublure de Guétary au Théâtre de l'ABC et il lui fallait attendre 22 heures pour être sûr qu'il ne serait pas malade. C'était lugubre. Le lendemain, il partait sur son vélomoteur pour aller faire du porte-à-porte et vendre ses petites bières. » « Ma mère, ajoute Serge, rêvait de sécurité, de s'établir bourgeoisement. Alors, ils passaient leur temps à se disputer. Moi, je m'en rendais bien compte puisque nous habitions dans une chambre de trois mètres sur quatre dans un hôtel meublé, juste à côte de l'endroit où j'habite aujourd'hui. C'était rue Duvivier. C'est d'ailleurs parce que c'était le quartier de mon enfance, que j'ai choisi d'habiter près des Invalides et non à cause de Napoléon comme on le croit. » (1) « Jusqu'en sixième, raconte Serge Lama à Ciné Revue (3), j'étais au-dessus de la moyenne. Après, au moment où mon père a décidé d'abandonner son métier sous les coups de boutoir de ma mère, mes résultats scolaires se sont dépréciés. Ma vie à basculé à ce moment-là. Mal travailler à l'école était une façon de me révoler contre le milieu familial. » « (...) J'ai vu mon père pleurer et des tas de choses qui m'ont fortement remué. Bien que j'étais encore tout petit, mon père se confiait à moi. Je le poussais à quitter ma mère pour continuer à exercer son métier. J'avais onze ans. Je me souviens d'une conversation avec lui dans la voiture. Je lui disais : "Écoute, pars, il le faut..."; il m'a répondu : "Non, je ne peux pas, il y a toi." » À l'âge de neuf ans, Serge écrit ses premiers poèmes, à douze ans, sa première chanson : La ballade du poète. À la même époque, il cherche à rencontrer Sacha Guitry. Il va frapper à la porte de son hôtel particulier, mais « le Maître » ne le reçoit pas. Trente-huit ans plus tard, en 1992, Lama jouera une de ses pièces peu connues : Tôa. À treize ans, en 1956, Serge entre au lycée Michelet de Vanves. Premier en français, il écrit un de ses premiers textes, qui sera connu plus tard : Le bouffon du roi. « Pour la communale, tout allait très bien, raconte son père à La Fronde (2). C'est au lycée qu'il y eut des changements. Il s'en moquait et puis il a rencontré d'autres gens. Il était déjà d'une grande maturité d'esprit. C'est un peu ce qui nous a "déphasé", sa mère et moi. Il lisait des livres qu'il ne nous montrait pas. Et dans ces cas-là, on ne savait pas si on devait les lui retirer ou pas. Il écrivait beaucoup, dessinait. J'ai d'ailleurs encore des peintures faites par lui. Il a des dons extraordinaires dans bien des domaines. C'est un caractère solitaire. Il restait parfois des heures dans sa chambre, allongé sur son lit. » A quinze-seize ans, Serge fait partie de la troupe de théâtre amateur créée par son professeur d'anglais. Il joue Le rendez-vous de Senlis (Anouilh), Electre (Giraudoux), La cuisine des anges (Albert Husson). Un peu plus tard, il suit, quelque temps, les cours de dessin publicitaire de l'école Corvisart.