"À quinze ans..."
En 1981, Serge Lama confiait ses souvenirs d'adolescent à Véronique Dokan (4), en prenant soin de préciser : « J'ai l'impression de parler de quelqu'un d'autre. » « À seize ans, je ne faisais rien, je me sentais en conflit permanent avec tout le monde. À la maison, quelque chose s'était brisé entre mes parents et moi. Nous ne nous comprenions plus. En classe, c'était à peu près la même chose; je me sentais complètement isolé, incompris, j'étais déjà assez lucide, presque un adulte et les gens de mon âge ne m'intéressaient pas. Une seule chose comptait pour moi : réussir là où mon père avait échoué. Depuis le jour où il m'avait annoncé sa décision d'abandonner la chanson, je m'étais juré, moi, d'y parvenir. Alors, je gribouillais sur des feuilles volantes, durant des heures, des poèmes dans lesquels je criais mon désespoir et mon goût du romantisme. J'avais même écrit des chansons. Mais "officiellement", je disais bien haut que je voulais être prof car mes parents ne voulaient plus entendre parler de chanson ("Ce métier de saltimbanque où on ne gagne pas un sou"). À cette époque, nous habitions un petit appartement à Issy-les Moulineaux.Serge à quinze ans Mon père avait enfin un salaire régulier (il était devenu représentant) et nous pouvions vivre normalement, sans grand luxe, mais à l'aise. Ma mère était ravie et moi je regrettais le temps des vaches maigres durant lequel on dormait à quatre dans une chambre d'hôtel. Au moins, à ce moment-là, la vie, même si elle était difficile, était exaltante. » En classe, seuls les cours de français l'intéressent. Le reste du temps, pour avoir une contenance, Serge cherche à amuser la galerie. « J'étais le bouffon de la classe, celui qui imite les profs et fait rire les filles. Mais mon succès s'arrêtait là; j'étais plutôt le copain gentil, le confident à qui on raconte ses histoires de coeur. Il faut dire que je n'avais pas précisément fière allure : maigre comme un clou, les cheveux coupés en brosse, j'étais dégingandé, mal fagoté (c'est ma mère qui me faisait mes vêtements par souci d'économie). Bref, l'anti-playboy ! Alors, je me réfugiais le plus souvent dans la lecture. Je dévorais en une nuit les romans de Sartre, Camus, Mauriac, mais mon auteur préféré était André Gide, car il avait des idées anti-familiales qui me correspondaient. Il m'arrivait souvent d'écouter de la musique, sur un tout petit électrophone que j'avais reçu pour Noël. C'était la pleine époque des Platters, Paul Anka, Presley... Aznavour débutait... J'adorais James Dean, Marlon Brando, j'étais amoureux d'Ava Gardner. » (4)