"Petits boulots"  
En 1961, Serge a dix-huit ans. Il « claque la porte » de chez ses parents et entame sa période « petits boulots ». Il fait de la vente à domicile, proposant une revue sur l'enfance délinquante, travaille dans une banque, la BNCI... Souvenirs racontés à Isabelle Cauchois dans Télé 7 Jours en 1984 (5) : « Lorsque je travaillais dans une banque à Paris, j'avais un copain encore plus fauché que moi. Pour l'aider, je lui payais le loyer. Alors, les week-ends, et surtout les week-ends prolongés, je crevais de faim. Un dimanche, un autre copain m'a invité à déjeuner. Je n'avais même pas de quoi me payer un ticket de métro. Et de la rue des Acacias à la porte d'Italie, ça fait un bout ! Je ne me sentais pas la force de marcher... Mais en sortant, devant la porte, j'ai trouvé un ticket de métro...non poinçonné ! Il faut avoir l'espoir ancré en soi. Moi, c'est au moment où il n'y a plus d'issue que je trouve la lumière. » Ses débuts à l'Écluse, le 11 février 1964.En septembre 1962, Serge part faire son service militaire. En France, d'abord, puis à Hammaguir, une base française dans le Sahara. Il en fait une chanson qu'il enregistrera beaucoup plus tard, L'Algérie. « J'y suis allé à la fin de la guerre, raconte-t-il à Juliette Cope de Télérama (6). Frappé par la lumière et la beauté de ce pays, j'ai écrit une chanson camusienne pro-algérienne pour l'indépendance. » Décembre 1963 : la quille ! Rendu à la vie civile, Serge fréquente quelque temps le Petit Conservatoire de la Chanson. Mireille ne lui prodigue aucun encouragement mais c'est là qu'il rencontre Jackie Bayard, une pianiste qui mettra en musique une vingtaine de ses textes, dont seuls À quinze ans et En ce temps-là figureront sur son tout premier disque Bel-Air. Mais, au fait, d'où lui est venu son nom de scène ? « Je ne voulais pas avoir le même nom que mon père, explique-t-il à Georges Renou en 1974 (7). Phonétiquement, Serge Chauvier, ça ne sonnait pas bien. Alors, à quatorze ans, j'ai choisi ce nom. Je rêvais d'un Lama écrit sur le fronton de l'Olympia. Je me disais que ça cadrait bien. À la fin de l'année 1963, Serge auditionne à l'École Buissonnière, le cabaret de René-Louis Lafforgue. « Vous n'avez pas de voix, pas de présence, et vos chansons sont à refaire », lui dit le créateur de Julie la Rousse. « Je n'ai pas cru un mot de ce qu'il me disait, avouera Lama à Georges Renou. Je savais que j'avais de la voix, de la présence aussi. Pour mes chansons, il avait peut-être raison. Ça m'a mis en colère. »