«
On m'a relevé avec la mâchoire fracturée, la jambe
droite cassée, la rate éclatée, les côtes enfoncées, la jambe gauche paralysée,
racontera Serge en 1969. Je
n'étais plus qu'une chose sanglante... J'ai dû rester un an et demi couché,
sans bouger. Sauf les bras et le crâne, tout était démoli... Mon docteur,
qui avait vu la radiographie du total de mon squelette, ne cacha pas à mes
proches que je ne pourrais jamais remarcher. Comme cette sentence m'avait
été cachée, je me mis à la rééducation. Mais, réapprendre à marcher à l'âge
de vingt-quatre ans, millimètre par millimètre, c'est vivre un martyre.
D'autant que les progrès ne se voient pas. Ils sont internes. Les muscles
se reforment, les os s'articulent de nouveau mais le malade l'ignore. Je
suis resté trois mois à Valenton. J'en suis sorti avec des béquilles. Le
docteur n'en revenait pas, car ma colonne vertébrale était atteinte.
» Comme l'écrit joliment Cécile Barthélemy,
« Serge Lama s'est reconstruit ». Au
centre de Valenton, on l'appelle « le miraculé ». Marcel
Gobineau, l'ami de la famille, l'ancien régisseur du théâtre des
Capucines, devenu romancier à succès (cycles de Stéphanie
et de Aymeline aux éditions Trévise),
l'héberge à sa sortie d'hôpital dans sa maison. Comme pour Pierre
Perret, quelques années auparavant, la profession s'émeut et décide
de l'aider financièrement. Le 7 décembre 1965,
le patron de l'Olympia, Bruno Coquatrix, et
celui de l'Écluse, Léo Noël, organisent un
gala de soutien à l'Olympia dont la recette (trois millions d'anciens francs)
sera intégralement reversée à Serge Lama. Malade, Brassens
sera le premier à donner son accord, entraînant ainsi d'autres chanteurs
(Régine, Barbara,
Jean-Jacques Debout, Pierre
Perret, Marcel Amont, Enrico
Macias...). C'est à l'hôpital, trois mois après son accident, que
Serge
rencontre Daisy Brun, l'attachée de presse
de sa maison de disques, venue accompagner un journaliste. « Je
ne sais pas qui vous êtes, lui déclare-t-il,
mais ce que je sais, c'est que je vous épouserai... » (11)
Le 18 janvier 1966, au studio Pathé Marconi,
Serge Lama enregistre quelques chansons, assis sur une civière. Quatre d'entre
elles paraissent, le mois suivant, sur son second 45 tours La Voix de son
maître ( Avec leurs beaux sourires, On n'est pas
né pour rien, Dis, Pedro, Les plages blanches ) En
mai 1966, Serge Lama fait la connaissance d'Yves
Gilbert. Deux ans auparavant, le compositeur et pianiste a constitué
un duo avec sa femme Patricia (la future Guesh
Patti), et enregistré chez Philips quelques 45 tours sous le nom
de Yves et Patricia. C'est sur les conseils de Régine qu'il vient aujourd'hui
proposer à Serge Lama de mettre ses textes en musique. « Nous
avons parlé et c'est lui qui m'a remonté le moral, raconte-t-il
à La Fronde (12).
Je me suis mis au piano, il a aimé et m'a donné
un texte à mettre en musique : Sans toi. Je
suis entré chez moi et j'ai fait la musique; d'un coup. Le lendemain, je
suis allé la lui montrer, il a aimé et voilà.
» 23 juin 1966 : sortie du troisième 45 tours,
qui inaugure la collaboration des deux hommes : deux chansons ont été mises
en musique par Yves Gilbert (Sans
toi et Madame Poupon ), Emil
Stern se réservant les deux autres titres (La
guerre à vingt ans et Y'a pas à dire
). En 1966, Téréza continue d'enregistrer des
textes de Serge Lama : Comme avant, Les
enfants d'aujourd'hui, Avant que l'amour
(musique d'Alfie Kabilio), Donne-moi
l'amour (musiques de Jean Renard),
Il arrivait d'Angleterre (musique d'Emil
Stern). La même année, la chanteuse Maria Vincent
enregistre trois chansons signées Lama-Gilbert : Je
m'ennuie, Ah ! viens, Maria
et Mes beaux messieurs. |