L'ESCLAVE
Serge Lama/Yves Gilbert
Dans un harem byzantin
Où pour trouver le paradis
Je m'étais déguisé en chien
Une esclave m'a dit...
Moi je voudrais des perles lourdes
Des perles noires, des émaux
Etre muette et presque sourde
Pour que tu me berces de mots.
Des mots qui ressemblent à la mer
Des mots où l'on voit à travers
Des mots d'amertume et d'amour
Des mots tendres et des mots lourds.
Moi je voudrais des chambres pleines
Où je m'étendrais toute nue
Cerclée de chiennes et de chaînes
Buvant des boissons inconnues.
Des boissons de vie et de mort
Des coupes pleines à ras bord
Où poser mes lèvres mouillées
Sur des sofas agenouillée.
Moi je voudrais un noir esclave
Aux dents blanches fortes et cruelles
Qui partagerait mes entraves
Et qui m'emmènerait au ciel.
Dans la moite langueur du soir
Moi toute blanche et lui tout noir
Il mordrait mon corps en rampant
Avec des lenteurs de serpent.
Moi je voudrais être une fille
Qu'on épuiserait de plaisir
Derrière des vitres et des grilles
Jusqu'à dormir, jusqu'à mourir.
Sous mes paupières violacées
Tu vois, je n'ai qu'une pensée
être une femme pour de vrai
Une vraie femme s'il te plaît.
L'OGRESSE
Serge Lama
Elle m'ouvre toute nue,
me souhaite la bienvenue,
moi, tout en baissant la tête,
je lui remets ses chaussettes,
je lui rajuste ses bottes
et sa petite culotte
et je remets sur ses seins
son soutien-gorge en satin ;
je rajuste le tricot
sur la blancheur de sa peau,
je re-glisse la ceinture
dans les passants
de sa jupe,
puis, sans la quitter des yeux,
je rattache ses cheveux
et devant elle,
sans un bruit,
j'ai même refait le lit.
Et quand tout fut bien rangé,
bien propre, bien arrangé,
je lui ai, comme il se doit,
baisé le bout de ses doigts.
Elle se redressa d'un bond,
avec un oeil furibond,
me traita de vieux sait-quoi
tout en se ruant sur moi
et d'un mouvement hardi,
elle me jette sur le lit
et sans me quitter des yeux,
elle agrippe mes cheveux,
elle arrache mon tricot
tout en mordillant ma peau,
elle enlève le ceinturon
qui tenait mon pantalon,
elle se frotte, elle se rengorge
à grand coup de soutien-gorge,
puis elle enlève mes bottes
et ma petite culotte.
Dans sa hâte, la fillette
n'a laissé que mes chaussettes
et lorsque je fus tout nu,
elle m'a mangé tout cru !
LA CATHEDRALE
Serge Lama/Christian Gaubert
La première fois que l'on vient
Un homme nous tient dans ses mains
La tête haute sous les arches
Tout comme un président qui marche
Il nous conduit devant l'autel
Pour nous faire bénir des statues
Nos mères ont mis leurs plus beaux voiles
Pour entrer dans... la cathédrale.
La deuxième fois que l'on vient
On a un missel à la main
Et d'un pas léger sous les arches
On dirait un oiseau qui marche
On s'avance devant l'autel
Sous le regard froid des statues
On a une aube en guise de voile
Pour entrer dans... la cathédrale.
La troisième fois
que l'on vient
On a une main à la main
Le pas résigné sous les arches
Tout comme un prisonnier qui marche
On la conduit devant l'autel
Droite, fière comme une statue
Elle a drapé son corps d'un voile
Pour entrer dans... la cathédrale.
La dernière fois
que l'on vient
On a un chapelet à la main
Et le dos vouté sous les arches
Une troupe d'hommes qui marche
Va déposer devant l'autel
Notre corps changé en statue
Nos femmes ont teint de noir leurs voiles
Pour entrer dans... la cathédrale.
L'année suivante
à la Toussaint
Nos amis qui nous aiment bien
Mais qui savent qu'a sonné l'heure
De consoler celle qui pleure
La conduiront dans un hôtel
Et comme ça n'est pas une statue
Ils la dépouilleront de ses voiles
Pour entrer dans... la cathédrale.
LA CHANTEUSE A VINGT ANS
Serge Lama/Alice Dona
Elle arrive à huit heures, personne n'est encore là,
Elle ferme à double tour sa loge, et la voilà
Qui d'un air attendri sourit à son miroir,
Ça fait bientôt trente ans qu'elle fait ça tout les soirs.
Puis elle prend
son visage à deux mains,
Le caresse comme si ça n'était plus le sien,
Puis elle prends les fards et les crayons,
Se dessine un sourire avec application,
Les faux cils, la longue robe noire,
Les souliers de satin, la perruque d'argent,
Maintenant LA CHANTEUSE A VINGT ANS.
Puis elle rentre
en écartant les bras
Comme si elle rentrait pour la première fois,
Puis elle chante avec cette voix-là
Comme disent les journaux qu'on ne remplace pas,
Elle sourit avec ce sourire-là
Qui n'appartient qu'à elle et que nous aimons tant
Maintenant LA CHANTEUSE A VINGT ANS.
Puis elle sort
épuisée, son maquillage fond,
Elle répond d'un air triste à deux ou trois questions,
Elle s'habille en civil, elle rentre dans l'auto,
Puis s'endort sur l'épaule de son impresario.
Elle revoit l'Alcazar
et Deauville
A l'époque où les hommes étaient encores dociles,
Elle revoit même ce petit chanteur son cachet pour lui offrir des fleurs,
Elle revoit ces amoureux transis
Qui jetaient dans son lit des colliers de diamant,
Maintenant LA CHANTEUSE A VINGT ANS.
Puis elle rentre
en écartant les bras
Comme si elle rentrait pour la première fois,
Puis elle chante avec cette voix-là
Comme disent les journaux qu'on ne remplace pas,
Elle sourit avec ce sourire-là
Qui n'appartient qu'à elle et que nous aimons tant
Maintenant LA CHANTEUSE A VINGT ANS.
Puis elle rentre
en écartant les bras
Comme si elle rentrait pour la dernière fois,
Elle se plaint avec cette voix-là
Comme disent les journaux qu'on ne remplace pas,
Puis elle pleure avec ce sourire-là
Qui n'appartient qu'à elle et que nous aimions tant
Maintenant LA CHANTEUSE A VINGT ANS.
LA FEMME QU'ON AIME
Serge Lama/Yves Gilbert
Tu es la reine de ma ruche
Et comme la première fois
Mon coeur trébuche
Au coeur de toi.
Et pourtant mon Dieu, que d'absences
Et que de larmes contenues
Dans tes silences
Qui donc es-tu?
Connaît-on la
femme qu'on aime
Après plus, plus de vingt ans
Sans doute pas plus que soi-même
Pourtant...
Tu es la reine
de ma chambre
Et comme la première fois
Tu fais Décembre
Quand tu t'en vas.
Et pourtant mon Dieu que de guerres
Et que de morts inavouées
au cimetière
De tes pensées.
Connaît-on la
femme qu'on aime
Après plus, plus de vingt ans
Sans doute pas plus que soi-même
Pourtant...
Tu es la reine
d'un royaume
Dont je ne serai jamais roi
Et mon "at home"
Il est chez toi.
Que Dieu fasse que je te donne
Après tellement d'années d'enfer
Un bel automne
avant l'hiver.
Aime-t-on la femme
qu'on aime
Après plus de vingt ans
A peu près autant que soi-même
Le temps
Nous fait récolter ce qu'on sème
Longtemps...
LA FIANCEE
Serge Lama
Timidement, les yeux baissés,
elle est venue LA FIANCÉE
dedans l'appartement de l'homme,
elle est là pour lui faire plaisir
et pour répondre à son désir,
elle est là pour l'amour en somme.
Il lui a dit : "je t'aime ,
viens donc chez moi",
elle lui a dit : "je t'aime"
et la voilà...
Elle est entrée et elle a vu
le lavabo blanc et la rue
pâle et grise par la fenêtre,
des journaux, des mégots partout,
elle a senti comme un dégoût,
mais elle n'a rien laissé paraître.
Il lui disait "je t'aime
assied toi là", elle lui disait : "je t'aime
c'est beau chez toi".
Puis, il a dénoué ses cheveux,
déboutonné sa robe bleue,
il a embrassé sa médaille,
puis il est entré dans son corps,
et encore, encore, et encore,
il lui a fait comme une entaille.
Il lui disait "je t'aime"
du bout des doigts,
elle répondait : "je t'aime,
enfin, je crois".
Elle a fait ce qu'il lui a dit,
elle a pleuré, puis elle a ri,
puis elle a fait semblant de geindre,
il était content, si content,
il n'avait pas perdu son temps,
il aurait eu tort de se plaindre.
Il lui criait : "je t'aime,
caresse moi".
Elle répétait "je t'aime",
mais elle avait froid.
Puis elle a renoué ses cheveux,
reboutonné sa robe bleue,
elle a rajusté son corsage,
puis elle est rentrée dans l'hiver
avec son jupon de travers,
fin prête pour le mariage
avec un goût amer
dans ses pensées,
elle a étreint sa mère,
LA FIANCÉE.
LA FRENCH NANA
Serge Lama
Il y a des sujets qu'on n'devrait pas traiter,
qu'il faudrait re-traiter,
qu'on devrait mal traiter,
sans appuyer, je vais vous raconter
ce qui m'est arrivé
avec une danseuse qui m'invita un jour
à venir faire un tour et même plusieurs,
dans sa chambre d'amour.
Refrain :
L'était pas fraîche, fraîche, fraîche,
LA FRENCH NANA,
messieurs, mesdames,
pardonnez-moi,
mais j'ai attrapé ce soir là,
un rhume du genre qu'on ne dit pas,
l'était pas fraîche, fraîche, fraîche,
LA FRENCH NANA.
Pas la peine de me questionner,
je n'vous dirai pas qui c'était,
j'suis peut-être vulgaire,
mais j'suis discret.
Y a des sujets qui présentent un danger,
vaut mieux pas s'allonger
sur un mauvais sujet,
j'espère d'ailleurs
que le public en choeur
rejettera sur l'heure
cette chanson honteuse,
n'empêche que depuis le jour
qu'elle m'a dit bonjour,
elle court, elle court,
la maladie d'amour.
Au refrain
je peux seulement vous affirmer :
qu'elle n'était pas fraîche, fraîche, fraîche,
LA FRENCH NANA.
LA NYMPHOMANE
Serge Lama
Qu'ai-je fait au ciel,
qu'ais-je fait, pour tomber amoureux
d'un être dont les sens
ne sont satisfaits qu'après
plusieurs heures de bien être ?
Je suis à plat, je suis crevé,
et de nuit en nuit, je m'étiole,
j'ai beau manger et remanger,
je perds un kilo par soirée,
je crois bien qu'elle ne dort jamais,
toutes les nuits, toutes les heures,
elle frappe à mon coeur.
Aurai-je un jour assez d'amis
pour juguler son appétit ?
aurai-je un jour assez d'amis,
pour apaiser ses insomnies ?
C'est pas bon, c'est pas bon du tout
de n'pas dormir près de sa blonde
et bien que je sois très jaloux,
j'aimerai parfois qu'on me seconde,
c'est ma hantise, tous les soirs
quand sur ma bouche elle se colle,
quand je pense qu'il y a des veinards
qui ne font ça que le samedi soir,
je crois bien qu'elle ne dort jamais,
toutes les nuits, toutes les heures,
elle frappe à mon coeur.
Aurais-je un jour assez d'amis
pour juguler son appétit.
Aurai-je un jour assez d'amis
pour apaiser ses insomnies ?
Le dimanche, c'est pire encore,
pas question de matinée grasse,
elle s'occupe de mon p'tit corps
jusqu'à ce que je demande grâce,
le lundi, je suis exténué
et sur mon bureau je somnole,
quand je pense qu'il y a des cinglés
qui payent pour voir ça au ciné.
Je crois bien qu'elle ne dort jamais,
toutes les nuits, toutes les heures,
elle frappe à mon coeur.
Aurai-je un jour assez d'amis
pour juguler son appétit,
à voir vos mines réjouies,
y a des jours,
j'ai bien peur que oui.
LA
SALLE DE BAIN
Serge Lama/Alice Dona
Comme il serait doux
D'être auprès de vous
Dans ces moments où
Vous refermez la porte derrière vous
Pour me cacher tout
Le meilleur de vous
Toutes vos manies
Ces coins secrets qui me sont interdits.
Derrière le verrou
J'attends et je bous
Dans ces moments longs
Ou courts c'est selon que faites-vous donc
J'entends des bruits mous
Qui me rendent fou
Des bruits de coton
Des bruits de chiffons, des bruits de flacons.
Vous parfumez-vous
Ou bien buvez-vous
Quelque vin bizarre
Que vous cacheriez au fond d'un placard
Quel beau rendez-vous
Que vous avec vous
Je n'entends plus rien
Etes-vous en train d'admirer vos seins.
Les caressez-vous
Dessus et dessous
Ma folle pensée
Vient s'imaginer leurs pointes dressées
Dans un garde-à-vous
Si dur et si doux
Madame ouvrez-moi
Ne me laissez pas dans cet état là.
J'entends tout
à coup
Frémir le verrou
Vous apparaissez
Vous me regardez d'un air étonné
Parée de bijoux
Lourde de froufrous
Et soudain j'ai peur
Comme si je vous croisais dans un ascenseur.
Je jette sur vous
Des yeux de hibou
Sans un mouvement
Comme sous l'effet d'un envoûtement
Avec une moue
Frisant le dégoût
Vous me balancez
"J'ai mal à la tête alors tu prépares un cachet"
Et un point, c'est
tout!
LA VIE LILAS
Serge Lama/Alice Dona
Dessous l'arbre
Une robe bleue
A côté
Une robe rouge
Sous un ciel d'hiver
Entre gris et vert Qui nuage
Et qui pleure à moitié
Derrière l'arbre
Un bout d'horizon
Au lointain
Pas même une église
Juste une maison
Est-ce la maison
Ou celle des moutons?
C'est la vie lilas
Faite de métamorphoses
C'est la vie lilas
Quand il me manque quelque chose
Dans cette vie-là
Où tu n'es pas là
Et que pour être moins triste
Je détaille la peinture de l'artiste.
Et ma chambre
Devient le tableau
Sous mes pieds
La campagne humide
Est comme un tapis
De terre et de pluie
Tout à l'heure
Elles vont s'y allonger
Pour mêler
Robes rouges et bleues
Dans le lac
D'un amour sans ride
Pour se consoler
D'être abandonnées
Par leur petit fiancé
C'est la vie lilas
Faite de toutes ces choses
C'est la vie lilas
Quand il me manque quelque chose
Dans cette vie-là
Où tu n'es pas là
Où je reste seul en piste.
C'est ma vie lilas
Moitié bleue et moitié rose
C'est ma vie lilas
Quand il me manque quelque chose
Dans cette vie-là
Où tu n'es pas là
Et que pour être moins triste
Je retouche la peinture de l'artiste.
LE 15 JUILLET A 5 HEURES
Serge Lama/Yves Gilbert
Ta voix murmure
Tranquille et sûre
Comme un vieux disque qu'on écoute
Un verre de whisky à la main
Sous la véranda on s'installe
Dans un bruit feutré de sandales
Devant un parterre de fleurs
Le 15 juillet à 5 heures.
Le vent s'épuise sur la remise
Où mon piano s'endort enfin
Après une nuit de chagrin
Sous le parasol du feuillage
Le vent feuillette page à page
Le livre de notre bonheur
Le 15 juillet à 5 heures.
Dans la maison
de Frédérique
Tu as classé quelques bouquins
Tu as disposé quelques fleurs
Cueillies fraîches de ce matin
À ta main une cigarette grésille
On mange du melon
Hormis la chanson des frelons
Nous n'avons plus rien dans la tête.
Dans la maison
de Frédérique
Éblouis comme deux enfants
Tu me parles d'anciens amants
Moi de mes maîtresses d'avant
Tu croques du raisin bien tendre
Des grappes lourdes couleur d'encre
Je ferai du café tout à l'heure
Le 15 juillet à 5 heures.
Presqu'irréelle
Tu es si belle
Entre mes cils tu apparais
Comme une dame d'y a longtemps
Je t'ai aimée ailleurs peut-être
Il faut que j'écrive une lettre
À un vieil ami qui se meurt
Le 15 juillet à 5 heures.
Demain c'est triste
La vie d'artiste
On reprendra la vie d'avant
L'appartement où l'on s'ennuie
On invitera Frédérique
Mes frères, tes soeurs, toute la clique
Il ne restera qu'une odeur
Du 15 juillet à 5 heures.
LE CHANTEUR
Serge Lama
On a collé l'autre jour
ses photos dans les rues,
ça faisait presque deux ans
qu'il n'était pas venu ;
dans les théâtres, l'hiver,
il nous invente la mer,
l'été, sous les chapiteaux,
il nous fait les oiseaux ;
sous le soleil ambulant
de quelques projecteurs
il s'fait bronzer tous les soirs
sous le coup des onze heures,
il nous fait croire un moment
qu'il est devenu notre amant.
juste le temps, c'est bien court,
d'une chanson d'amour.
On est venu, ce soir,
voir LE CHANTEUR,
LE CHANTEUR qu'il faut voir,
celui qui rit, celui qui pleure.
Si l'on en croit les journaux,
on le verra debout
après l'avoir attendu
les deux pieds dans la boue ;
comme on n'sera pas bien placé
on en verra qu'la moitié,
mais la moitié qu'on verra
on s'en contentera.
On est venu, ce soir,
voir LE CHANTEUR,
LE CHANTEUR qu'il faut voir,
celui qui rit, celui qui pleure.
Vers les minuit et demi
finira le hasard,
on l'emportera chez nous,
au fond de nos mémoires
peut être que lui aussi
nous emportera chez lui
pour effeuiller dans le noir,
nos visages d'un soir.
On est venu, ce soir,
voir LE CHANTEUR,
LE CHANTEUR qu'il faut voir,
celui qui rit, celui qui pleure.
On est venu, ce soir, voir LE CHANTEUR,
et il peut bien pleuvoir,
le coeur rempli d'espoir, on est venu, ce soir, voir LE CHANTEUR.
LE JOYEUX FETARD
Serge Lama
Titubant,
il rentre chez lui,
le vieil amant,
le vieux mari.
L'ascenseur est en panne
et son coeur,
que c'est haut,
là-haut
que c'est haut.
Il farfouille
dans ses pensées,
mais, où donc il a foutu ses clés ?
A tous les étages,
il s'assoit.
Qu'il est lourd, mon Dieu,
qu'il est lourd.
Le trou de serrure
est trop petit,
à croire que la clé a grandi.
Voilà qu'la porte s'ouvre
toute seule,
et qu'il reçoit une main
sur la gueule.
Ca lui apprendra
à faire la fête
en laissant bobonne
à la maison,
quand on n'est plus
de la première jeunesse,
faut le mettre au placard
son mirliton !
LE LAVEUR DE CARREAUX
Serge Lama
Chez m'sieur l'abbé,
c'est pas pareil,
faut travailler
religieusement,
chez lui, ça manque un peu de soleil,
ça sent la cire et les gants blancs :
Tous les saints
sont en porcelaine,
sertis d'or et puis de satin,
moi, je suis mal payé,
mais quelle veine,
le tronc du pauvre est toujours plein, (bis)
Chez l'avocat, c'est pas pareil,
y a du drôle de beau mobilier,
il a fait sa place au soleil
à force de la supprimer.
C'est pas que j'sois pour la justice,
c'est pas que j'aime bien la société,
mais du moins si y a de l'injustice,
j'aimerais parfois en profiter.
J'aimerais parfois en profiter.
Chez m'sieur Christian,
c'est pas pareil,
c'est un artiste de talent
qu'aime bien croquer les bouts d'soleil,
qu'aime bien croquer les p'tits enfants,
y a du taffetas autours des lustres,
c'est bizarre, mais c'est envoûtant,
puis avec moi, c'est pas un rustre,
il me fait participer souvent.(bis)
Tandis qu'chez moi,
tout est pareil,
quand on est LAVEUR DE CARREAUX,
on n' fait sa place au soleil
que l'été, quand le ciel est beau ;
derrière mes vitres, je m'installe
braquant mon regard sur l'infini,
je voudrais décrocher une étoile
pour la faire luire toute une nuit,
la faire luire toute une nuit (bis).
LE LIT D'ISABELLE
Serge Lama/Tony Stéfanidis
Je m'en allais
tout cru vers le lit d'Isabelle
J'en ressortais tout cuit de son lit
Je m'en allais fringant vers son Quartier Latin
J'en ressortais tout blanc le matin.
Elle avait, hé,
elle avait des grelots
Qu'on entendait de loin et des talons sabots
Des grelots, hé, qui tintaient aussitôt
Qu'elle mettait son cheval au galop.
Je m'en allais
tout cru vers le lit d'Isabelle
J'en ressortais tout cuit de son lit
Je m'en allais fringant vers son Quartier Latin
J'en ressortais tout blanc le matin.
Elle avait, hé,
sous sa chemise à carreaux
Des melons qui étaient ronds, des melons qui étaient gros
Elle avait, hé, des chapeaux rigolos
Dans le genre des chapeaux de Zozo.
Je m'en allais
tout cru vers le lit d'Isabelle
J'en ressortais tout cuit de son lit
Je m'en allais fringant vers son Quartier Latin
J'en ressortais tout blanc le matin.
Elle aimait, hé,
volontiers le Bordeaux
Elle se croyait plusieurs quand elle buvait trop
Ces soirs-là, hé, d'un p'tit coup d'bigorneau
Les copains rappliquaient aussit¨t.
On s'en allait
tout crus vers le lit d'Isabelle
On en ressortait cuits de son lit
On s'en allait fringants vers son Quartier Latin
On en ressortait blancs le matin.
Elle avait, oh,
un tout petit cerveau
Quand le ciel était clair j'y voyais des bateaux
Mais une fille, hé, quand on l'a dans la peau
On ne se soucie pas trop du cerveau.
Je m'en allais
tout cru vers le lit d'Isabelle
J'en ressortais tout cuit de son lit
Je m'en allais fringant vers son Quartier Latin
J'en ressortais tout blanc le matin.
On s'en allait
tout crus vers le lit d'Isabelle
On en ressortait cuits de son lit
On s'en allait fringants vers son Quartier Latin
On en ressortait blancs le matin.
LE ROI DU CAFE TABAC
Serge Lama
L'escalier craque d'autant plus
quand il a bu ;
l'immeuble est de la dernière guerre,
il a vécu,
son lit grince et sa table branle,
tout est de travers dans sa chambre,
mais... c'est sa chambre
et c'est sa vie.
Refrain :
C'est LE ROI DU CAFE TABAC,
le roi du café des touristes,
tous les soirs, vous le verrez
là à vingt heures quarante précises.
sa table est toujours réservée,
tout contre la machine à disques,
tous les soirs, jusqu'au dernier métro,
il attend, puis il rentre avenue Secrétant.
Ses copains sont tous des tordus,
des mal foutus :
Ils ont la gueule patibulaire
des chiens perdus ;
pour l'amour, tous, ils se partagent
une beauté qui a passé l'âge,
mais c'est la leur
et c'est leur vie.
Au refrain
il a l'air toujours réservé,
tels que les anciens ministres
tous les soirs, jusqu'au dernier métro,
il attend, puis il rentre
avenue Secrétant.
Chaque jour le voûte un peu plus,
il perd la vue.
son coeur s'essouffle
et ses poumons n'en peuvent plus,
un soir sous une porte cochère,
il tombera la tête en arrière
ce sera sa mort.
C'était sa vie.
Au refrain
sa place est déjà réservée
au cimetière des pierrots tristes
tous les soirs, il est là,
par n'importe quel temps,
il est là, toujours seul, qui attend,
un soir, on le ramènera les pieds devant
dans sa chambre,
avenue Secrétant.
LE SECRETAIRE DE MONSIEUR
Serge Lama
Je suis le secrétaire de monsieur,
monsieur, c'est une vedette, Monsieur,
mais faudrait pas croire pour autant
qu'il méprise les autres gens,
il cherche pas à m'humilier,
mais faut bien que quelqu'un
lui cire ses souliers,
je suis son secrétaire, voilà tout.
On se tutoie quand on est entre nous,
bien que je sois son inférieur,
je tiens à c' qu'il me traite à ma hauteur,
d'ailleurs, il dit : "mon secrétaire,
il travaille bien mais
il a mauvais caractère".
Je fais les bons mots de monsieur
quand monsieur manque d'inspiration
pour les cartes d'invitations,
pour les cocktails et les bons voeux
et quand une dame un peu folle
attend monsieur et qu'il s'en fou,
je remplace monsieur,
si la fofolle
est à mon goût
et je suis content, parce que :
je suis
le secrétaire de monsieur.
Je fais mon travail du mieux
que je peux.
Bien sûr, je jette quelquefois
dehors des gens qui faudrait pas,
ce qui fait écrire dans la presse
que monsieur a la tête
à point pour les compresses,
mais monsieur me pardonne, bien sûr,
du moment que j'lui sers sa mixture,
que son ventre chante de joie
devant des aliments de choix
et j'vous jure que dans certains pays
c'est pas facile de trouver
les meilleurs produits.
Je fais les impôts de monsieur,
monsieur n'est pas bon en calcul,
moi, moi, j'manie pas mal la virgule
et si j'vous dis qu'j'en garde un peu
n'entendez pas que je le vole,
mais monsieur est si dépensier,
j'peux pas me résoudre
à lui laisser tout gaspiller,
bref, je suis content parce que :
je suis le secrétaire de monsieur,
du moins tant que tout va pour le mieux,
Bien sûr, si la chance tournait,
nous les petits, faut s'adapter.
je chercherai une autre place,
histoire de sortir de l'impasse
mais, pour l'instant,
sincèrement,
je suis heureux,
je suis le secrétaire de monsieur.
LE SERMON
Serge Lama
Elle venait tous les dimanches,
elle était toujours mise bien,
elle avait l'chap'let dans la manche,
elle avait le coeur sur la main,
dans le tronc du pauvre oublié,
juste après le dernier pilier,
elle'versait toujours son offrande,
mais Dieu lui a pris la santé,
c'est pour ça qu'on va visiter
notre chère malade.
Elle organisa nos kermesses
de pentecôte et de Noël,
parmi les dames patronnesse,
elle avait sa façon à elle
pour susciter la charité
des ministres et des députés,
sa ferveur était convaincante,
elle y a laissé la santé,
c'est pour ça qu'on va visiter
notre chère malade.
Le Christ était sa nourriture,
gourmande de l'eucharistie
elle eut vécu comme une injure
qu'un prêtre la priva d'hostie,
c'est toute d'amour imbibée
qu'auprès de notre jeune abbé
elle ouvrait son âme en confiance,
il a toujours su la guider,
c'est pour ça qu'il va visiter
notre chère malade.
Et du haut de sa chaire,
je prie pour notre chère malade
éprouvée dans sa chair :
qu'elle guérisse, mes bien chers frères,
et pour achever ce SERMON
je vais vous faire une prière,
car je sais que vous êtes bons,
dans le tronc du pauvre oublié,
juste après le dernier pilier,
versez une petite offrande,
car pour lui rendre la santé,
Dieu sait ce qu'elle va nous coûter,
notre chère malade.
LE TEMPS DE LA RENGAINE
Serge Lama/Yves Gilbert
C'était le temps
de la fringale,
On avait souvent l'estomac dans les talons.
Pour arroser nos amygdales
Même le dimanche on s'passait de Moët et Chandon.
Maman rêvait qu'elle avait une vraie cuisine,
Pendant qu'papa barytonnait aux Capucines.
C'était un temps chouette que ce temps-là,
J'en ai les larmes aux yeux quand je pense à tout ça.
C'était le temps,
le temps béni de la rengaine,
C'était le temps où les chanteurs avaient d'la voix.
Tous les charmeurs chantaient la Tosca ou Carmen,
On savait faire de la musique en ce temps-là!
C'était le temps
d'la communale,
J'usais ma voix presque autant que mes pantalons.
J'étais presque un enfant d'la balle,
J'faisais partout le bonheur des récréations.
Un jour papa a vendu de la margarine
Pour que maman puisse chanter dans sa cuisine.
C'était un temps dur que ce temps-là,
J'en ai les larmes aux yeux quand je pense à tout ça.
C'était le temps,
le temps béni de la rengaine,
C'était le temps où les chanteurs avaient d'la voix.
Tous les charmeurs chantaient la Tosca ou Carmen,
On savait faire de la musique en ce temps-là.
Mais p't'être qu'un
jour quand les poissons auront des ailes,
P't'être bien qu'un jour lorsque les poules auront des dents,
Papa viendra me chanter des chansons nouvelles,
Certains soirs quand j'ai le coeur gros je les entends...
C'était le temps,
le temps béni de la rengaine,
C'était le temps où les chanteurs avaient d'la voix.
Tous les charmeurs chantaient la Tosca où Carmen,
On savait faire de la musique en ce temps,
Faire de la musique en ce temps,
Faire de la musique en ce temps-là!
LES GENS QUI S'AIMENT
Serge Lama
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Que dire à tous ces
GENS QUI S'AIMENT,
le doute, me vient par moment,
briser leur rêve est un blasphème,
si je leur dis : ça va durer, ça va durer,
ça va durer... je mens.
Que dire à tous ces
GENS QUI S'AIMENT,
le doute en moi, vient qu'en s'aimant,
je me dilue dans ce dilemme,
oh, tant de vers pour ce court moment
de bohème, les GENS QUI S'AIMENT,
de bohème, les GENS QUI S'AIMENT.
Que dire à tous ces
GENS QUI S'AIMENT
qui se croient diadème et diamant
une heure, ils croient
qu'ils sont les mêmes,
voyez, ils se sourient, ils se sourient,
ils se sourient... même en dormant.
Comment leur jeter l'anathème,
même faux, c'est le seul moment,
et c'est peut être l'unique thème
à mentir indéfiniment :
quand on aime,
LES GENS QUI S'AIMENT,
quand on aime,
LES GENS QUI S'AIMENT,
et moi, j'aime
LES GENS QUI S'AIMENT
et qui SEMENT,
qui SEMENT d'autres gens,
qui SEMENT !
LES GLYCINES
Serge Lama/Yves Gilbert/Jean-Claude Petit
Sur le mur y'avait des glycines,
Sur le mur y'avait des glycines;
Toi, tu portais un tablier bleu,
Toi, tu portais un tablier;
Toujours le nez dans tes bassines,
Toujours le nez dans tes bassines,
En ce temps-là, on se parlait peu,
En ce temps-là, on se taisait.
C'est pas d'l'amour,
pauvre Martha,
C'est pas d'l'amour, mais ça viendra.
Paraît que cousin
et cousine,
Paraît que cousin et cousine,
Ça ne doit pas s'aimer d'amour, non,
Ça ne doit pas parler d'amour.
Alors on parlait du beau temps,
De la pluie et des fleurs des champs,
De la vendange et du labour, mais
On ne parlait jamais d'amour.
C'est pas d'l'amour,
pauvre Martha,
C'est pas d'l'amour, mais ça viendra.
Puis je suis parti
en usine,
Puis je suis parti en usine,
Je n'voulais pas être fermier, moi,
Je voulais être le premier.
Merci beaucoup, petit Jésus,
J'ai bien mangé et j'ai bien bu,
Je suis aimé et respecté, moi
On me dis "vous" pour me parler.
C'est pas d'l'amour,
pauvre Martha,
C'est pas d'l'amour, mais ça viendra.
Pourtant quand
je vois des glycines,
Pourtant quand je vois des glycines,
J'ai envie de les arracher, moi,
J'ai envie de les arracher.
Paraît que t'aurais eu deux filles,
Qui font partie de ma famille,
Mais comme l'amour ne me dis plus rien,
Elles n'auront jamais de cousins.
C'est pas d'l'amour,
pauvre Martha,
C'est pas d'la haine, mais ça viendra.
LES JARDINS OUVRIERS
(LES ILLUSIONS)
Serge Lama
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LES JARDINS OUVRIERS
s'échangeaient branche à branche
des oiseaux le dimanche,
les maisons se parlaient.
Ca sentait le bébé,
les dragées, les baptêmes,
l'amour, les chrysanthèmes,
le propre et les abbés.
Des illusions, ils en avaient
plein leurs armoires, plein leurs greniers
qu'ils transmettaient par testament
à leurs enfants.
Ca s'envolait comme un ballon,
c'était sucré comme un bonbon,
c'était pas vrai, mais c'était bon,
LES ILLUSIONS.
LES JARDINS OUVRIERS
c'était de la verdure,
un zeste de nature
où le soleil brillait.
Elle qui reprisait,
lui, qui fumait sa pipe,
ça faisait des équipes
le coeur qui se taisait
mais, LES ILLUSIONS,
ils les dansaient sous les lampions,
sur les pavés, dans la mitraille
des trilles des accordéons,
les émois, les premiers frissons,
les fleurs mortes et les papillons,
ficelés dans les boîtes en carton
vos illusions.
LES JARDINS OUVRIERS
s'échangeaient branche à branche,
des oiseaux le dimanche,
mais... les maisons parlaient
quand tu aimais les jeux
de Rimbaud, de Verlaine,
par derrière les persiennes,
on te montrait des yeux.
LES ILLUSIONS, c'était au fond
un parfum qui sentait pas bon
comme ces fleurs qui poussent
au milieu des chardons.
Les rumeurs battaient aux balcons
comme le vent et les chansons,
ça rend heureux, mais ça rend con :
LES ILLUSIONS.
LES PETITES FEMMES DE PIGALLE
Serge Lama/Jacques Datin
Un voyou m'a volé
la femme de ma vie
Il m'a déshonoré, me disent mes amis
Mais j'm'en fous pas mal aujourd'hui
Mais j'm'en fous pas mal. car depuis
Chaque nuit.
Je m'en vais voir
les p'tites femmes de Pigalle
Toutes les nuits j'effeuille les fleurs du mal
Je mets mes mains partout, je suis comme un bambin
J'm'aperçois qu'en amour je n'y connaissais rien.
Je m'en vais voir
les p'tites femmes de Pigalle
J'étais fourmi et je deviens cigale
Et j'suis content, j'suis content, j'suis content
J'suis content, j'suis cocu mais content.
Un voyou s'est
vautré dans mon lit conjugal
Il m'a couvert de boue, d'opprobre et de scandale
Mais j'm'en fous pas mal aujourd'hui
Mais j'm'en fous pas mal, car depuis
Grâce à lui.
Je m'en vais voir
les p'tites femmes de Pigalle
Tous les maqu'reaux du coin me rincent la dalle
J'm'aperçois qu'en amour je n'valais pas un sou
Mais grâce à leurs p'tits cours je vais apprendre tout.
Je m'en vais voir
les p'tites femmes de Pigalle
Tous les marins m'appelent l'amiral
Et j'suis content, j'suis content, j'suis content
J'suis content, j'suis cocu mais content.
Je m'en vais voir
les p'tites femmes de Pigalle
Dans toutes les gares j'attend des filles de salle
Je fais tous les endroits que l'église condamne
Même qu'un soir par hasard j'y ai retrouvé ma femme
Je m'en vais voir
les p'tites femmes de Pigalle
C'est mon péché, ma drogue, mon gardénal
Et j'suis content, j'suis content, j'suis content
J'suis content, j'suis cocu mais content
Il s'en va voir
les p'tites femmes de Pigalle
Dans toutes les gares il attend des filles de salle
Il fait tous les endroits que l'église condamne
Même qu'un soir par hasard il y a retrouvé sa femme
Il s'en va voir
les p'tites femmes de Pigalle
C'est son péché, sa drogue, son gardénal
Il est content, il est content, il est content
Il est content, il est cocu mais content
LES PISCINES PRIVEES
Serge Lama
refrain :
Les gens dans LES PISCINES PRIVEES
se privent de la mer,
se privent de la France,
les gens dans LES PISCINES PRIVEES,
se privent d'espérance.
On veut pour soi tout seul
l'eau bleue de l'Atlantique
pour soi tout seul on veut
les oiseaux blancs,
le ciel bleu, pour soi tout seul,
on veut le plus grand, le meilleur, le mieux
la grandeur se vend pas dans les boutiques,
au refrain
On veut pour soi tout seul,
les dollars, l'Amérique,
pour soi, tout seul on veut,
l'or, le pétrole et le Bon Dieu,
on volerait pour un peu
le feu du soleil dans les cieux ;
la richesse s'achète pas dans les boutiques.
au refrain (bis)
LES POETES
Serge Lama
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Les poètes
vois-tu, il ne faut pas les vivre,
il faut les rencontrer le soir au coin d'un livre,
ô qu'une brume épaisse à jamais te protège
de leurs serres d'oiseaux enfouies sous la neige
et leurs plaintes ne sont qu'un avatar du vent,
s'il faut les aimer morts, il faut les fuir vivants.
Imagine les tout
c'que tu veux ,
tendres et doux,
mais surtout,
reste à distance d'yeux
ne t'approche pas d'eux.
Les poètes
vois-tu, sont des oiseaux en cage
qui déchirent des coeurs pour s'offrir des orages
boudeuse dans ton attitude d'odalisque
rêves-toi dans leurs vers, mires-toi dans leurs disques
laisses-les te séduire avec leurs mots en croix
l'important, c'est pas eux,
c'est ce que toi, tu crois.
Imagine les tout
c'que tu veux ,
libres et fous,
mais surtout,
reste à distance d'yeux
ne t'approche pas d'eux.
Les poètes
vois-tu, sont des oiseaux sans ailes
qui sont tombés du ciel pour suivre une étincelle,
tu auras beau te parer d'or et te parfumer,
on ne console pas un oiseau déplumé.
LES PORTS DE L'ATLANTIQUE
Serge Lama/Yves Gilbert
Blancheur de brume
Comme une plume
Telle est l'écume
Qui m'emporte au loin
Quand l'aube danse
Sans discordance
A la cadence
De cet air marin.
J'aime les ports
de l'Atlantique
Quand les sirènes vont gueulant
L'inconstance des goélands
Qui m'escortent vers l'Amérique
J'aime les ports de l'Atlantique
Quand grincent les premiers regrets
Dans les remous de la marée
Qui s'étire vers l'Amérique.
La nuit est morte
Devant ta porte
Mais que m'importe
J'ai si mal aux reins
L'aube s'habille
Le long des grilles
Autant pour les filles
Que pour les marins.
J'aime les ports
de l'Atlantique
Et cette odeur de fin d'amour
Que dissipe le petit jour
Qui se lève vers l'Amérique
J'aime les ports de l'Atlantique
Avec leurs airs de gigolo
Et l'indifférence de l'eau
Qui s'étire vers l'Amérique.
L'aube s'allume
Couleur de plume
Le vent consume
Le moindre chagrin
La nuit s'achève
Le jour se lève
Va vers ton rêve
Pauvre musicien.
J'aime les ports
de l'Atlantique
La grisaille de l'horizon
Où se teignent les illusions
De ceux qui vont en Amérique
J'aime les ports de l'Atlantique
Et le regard de conquérant
De ceux qui se mettent en rang
Pour découvrir leur Amérique.
Je les ai tenus
contre moi
Avec leur envie de partir
Avec leur envie de mourir
Tout comme moi, tout comme moi.
J'aime les ports
de l'Atlantique.
LES VAGUES DE LA MER
Serge Lama
LES VAGUES DE LA MER
sont des baisers
que la mer vient poser
quand elle s'ennuie d'attendre.
LES VAGUES DE LA MER
sont des baisers
le sable tend sa joue
à cette femme tendre.
le sort des marins
est entre ses mains,
la mer est une maîtresse
et tous les bateaux
qui vont sur son dos,
meurent un jour de ses caresses.
LES VAGUES DE LA MER
sont des serpents
que la mer vient poser
sur les genoux des femmes ;
LES VAGUES DE LA MER
sont des serpents
qui viennent doucement
empoisonner leur âme,
le sort des marins
est entre ses mains,
la mer est une maîtresse
et tous les bateaux
s'habillent de beau
pour mériter ses caresses.
LES VAGUES DE LA MER
sont des mouchoirs
que la mer a tressé
pour consoler les rêves
LES VAGUES DE LA MER
sont des mouchoirs,
dont les filles se font parfois
des robes neuves.
Le sort des marins
est entre ses mains,
la mer est une maîtresse
et tous les bateaux
qui l'ont dans la peau,
meurent un jour des ses caresses.
MAMAN CHAUVIER
Serge Lama
En cinquante, j'avais 7 ans,
j'habitais dans la rue du Viviers,
pauvre, dans un quartier diamant,
trois dans une chambre meublée.
Mon père faisait dans l'opérette,
on l'appelait le "prince charmant",
il y gagnait des clopinettes
et la jalousie de MAMAN CHAUVIER.
UN ENFANT T'AIME,
19, rue Duvivier PARIS 7ème
MAMAN CHAUVIER.
UN ENFANT T'AIME
19, rue Duvivier Paris 7ème
MAMAN CHAUVIER
En cinquante, j'avais 7 ans,
avenue de la Motte Piquée,
à l'école des petits-grands
on s'appliquait à m'expliquer,
on se lavait dans des cuvettes,
on bouffait des patates à l'eau,
la radio frappait dans ma tête :
Piaf, Aznavour, Bécaud,
MAMAN CHAUVIER,
UN ENFANT T'AIME
19, rue Duvivier - Paris 7ème
Si du haut du ciel
tu m'entends, MAMAN,
as-tu enfin compris les rêves
de ce faux enfant
qui ne raflait jamais de prix,
qui vivait l'amour en cachette
en maculant ses draps de cris
par cent petites bêtes
toutes mortes depuis.
19, rue Duvivier, Paris 7ème
MAMAN CHAUVIER,
UN ENFANT T'AIME,
19, rue Duvivier - Paris 7ème
JE N'AI PAS EU DE BALLONS ROUGES
MARIE LA POLONAISE
Serge Lama/Yves Gilbert
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Mon ardente, ma polonaise
Ce bouquet de roses tendues
Par-delà la foule mauvaise
Marie ton regard suspendu
Sous la glace de ton ascèse
Inaccessible moi je sens
Que sous ta peau coule la braise
La braise rouge de ton sang.
Marie, douloureuse
Marie, départ
Marie, je part
Marie, j'ai peur
Marie merveilleuse
Je veux graver mes lèvres en rouge sur ton coeur.
Mon ardente, ma
polonaise
Ah j'ai décimé tes bijoux
J'ai brisé ma montre et la chaise
Et je suis tombé à genoux
Enfin tes lèvres que je baise
Enfin ton ventre que je cloue
Pardonne-moi, ma polonaise
Je suis affamé comme un loup.
Marie, solitaire
Marie, la terre
Marie, la mer
Marie, le feu
Je viens me soumettre
Mon rêve est que tu règnes en maître sur mon coeur.
Marie, solitaire
Marie, la terre
Marie, la mer
Marie, le feu
Marie sur la Terre
Ton ombre est le soleil d'amour
Qui éclaire mes yeux
La lumière
Providentielle
Qui vient du fond du ciel
Marie. |